Le Départ
Nous roulons depuis deux heures déjà. La France s'éloigne. L'Italie se rapproche. Le paysage défile devant mes yeux. Je crois que je ne vais pas mourir aujourd'hui. Le ciel nous surplombe noir et insondable. De temps en temps, une ribambelle de lumière apparaît le long de l'horizon. Une ville, un village,une zone commerciale. Un havre d'espoir dans la plaine lugubre. Je me demande ce qui se passe à Castelnaudary, je me demande ce qui se passe par delà les montagnes. A quoi pense la petite fille qui regarde par delà le large de l'ocean.
Il est 21 h 30. Bizzarement, je n'ai pas envie de pleurer.Je sais déjà que je n'arriverai pas à dormir, peut être juste à somnoler. Des voitures arrivent en sens inverse, tranchant de leurs phares l'épaisse nuit noire. J'aimerai bien plonger dans les bras de Morphée.Demain, une autre journée commence. Le quotidien est déjà loin, un autre se fera. Nous sommes à peine à Montpellier. Que c'est long, j'aimerai pouvoir gravir des montagnes, pouvoir franchir des océans, atteindre les étoiles plus vite que la lumière. Les panneaux se succèdent : sens-interdit, cedez-le-passage, stop... Moi aussi, j'aimerais bien pouvoir dire stop. Moi aussi, j'aimerais bien m'arrêter et juste pleurer dans les bras de quelqun qui me rassurera, me comprendra et m'aimera. Le Monde est trop grand et trop petit à la fois. J'aimerais voyager partout, m'enfuir le plus loin possible. Le problème, c'est qu'on ne peut pas fuir son âme.
Je me contemple dans le reflet de la vitre. J'ai le regard triste, le bouche boudeuse. J'aime bien quand je suis comme ça. Ca me donne un air serieux, un air inspiré, un air d'écrivain. Je n'ai rien vu, rien vécu et je suis déjà las. J'ai envie de dormir, de m'évanouir, voire de mourir. La vie ne m'aime pas et je n'ai me pas la vie. Je vais quand même essayer de dormir, histoire de ne pas m'éffondrer le lendemain.
photo : moi en Italie